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Alimentation, santé, inégalités - Un jeudi de l’écologie à Arcueil - 14 avril

Introduction de Natalie Gandais

Porte-parole des Verts Ile de France

vendredi 15 avril 2011, par Natalie Gandais

Nous organisons ce débat dans le cadre de la préparation du projet d’Europe-Ecologie Les Verts pour les élections présidentielles et législatives de 2012. Avant de vous présenter les intervenants, je voudrais situer ce thème relativement « pointu » des inégalités de santé liées à l’alimentation dans le champ immense du projet des écologistes.

Les Verts ont abordé la question de l’alimentation et de la santé sous plusieurs angles. Il convient de les rappeler pour les nouveaux adhérents ou sympathisants qui sont ici et qui n’ont pas forcément la mémoire de tout ça, et pour expliquer le contexte à nos invités.

Le premier angle, c’est celui de la production agricole. On a d’un côté la démarche de soutien à l’agriculture bio, un combat pour avoir des aliments de très bonne qualité, contre la pollution du sol et des eaux par les engrais et les pesticides, pour la santé des agriculteurs, pour préserver des emplois agricoles et pour en créer de nouveaux. C’est un volet important de notre programme de transformation écologique de l’économie. Ce combat est lié au développement des circuits court, au maintien et au développement en Ile de France, des cultures maraichères, au développement des Amap, au maintien des marchés de quartier etc. C’est un domaine où notre commission Agriculture est très active, avec tout ce qui est lié à la PAC. Nous avons aussi beaucoup de militants de terrains impliqués.

Sur le versant opposé, nous avons le combat contre la malbouffe, une bagarre de longue date, illustré à l’époque par José Bové notamment, on se souvient du démontage du Mac Do qui l’avait conduit en prison, il l’abordait en tant que responsable de la Confédération paysanne, les paysans étaient révoltés contre les produits si mauvais qui arrivaient dans les supermarché, d’autant plus que les multinationales des semences, des engrais, des OGM, en promouvant les pratiques de l’agriculture intensive, détruisaient l’agriculture paysanne et les paysans.

Le deuxième angle, du ressort de notre commission Santé, c’est le travail sur la santé environnementale, la lutte contre les pollutions diverses de l’air, du sol et des eaux, les CMR (les composé mutagènes et reprotoxiques), tous ces composés chimiques responsables de l’épidémie d’asthme et de cancer, qui touche à l’alimentation dans la mesure où les résidus de produits phytosanitaires qu’on ingère en même temps que les aliments peuvent provoquer des maladie. Dans ce cadre, on a aussi le problème des contenants (le bisphénol A dans les biberons etc). André Cicollella a été très actif dans ce domaine quand il était responsable de la commission Santé, il poursuit en tant que président du Réseau Environnement Santé.

On aborde aussi l’alimentaion sous l’angle des « consommateurs ». Contre la malbouffe, nous avons des militants engagés dans la lutte contre les méfaits de la publicité, du packaging, des emballages clinquants. Ce soir, c’est Guy Bastien, président de l’UFC Que Choisir 94, qui interviendra pour parler de l’impact de la publicité sur la consommation des enfants.

Il y a aussi, chez nous, l’angle « philosophique » : les végétariens qui sont végétariens parce qu’ils refusent de manger du cadavre, contre la souffrance animale, et aussi par souci écologique d’épargner les espaces naturels qui ne doivent pas tous être transformés en terres agricoles, parce qu’il faut 10 à 15 fois plus d’espace agricole pour fabriquer un kilo de protéine animale qu’un kilo de protéine végétale. Parmi eux, on peut citer Jacques Bouteau, le maire du 2e arrondissement de Paris, qui a instauré un repas végétarien par semaine dans les cantines scolaires.

Ce qui nous amène à l’angle « comment nourrir les autres » : ce soir, c’est Edwige Fadeieff, vice-présidente de Plaine centrale du Val de Marne, chargée de la restauration collective, qui interviendra sur les cantines scolaires et sur l’éducation à l’alimentation.

Il y a encore l’angle « Conférence de Rio », au cours de laquelle, en 1992, le développement soutenable avait été défini comme « un développement qui réponde aux besoin des générations présentes, à commencer par les plus démunis, sans compromettre la capacités de générations future à satisfaire les leur ». Dans l’esprit de Rio, les plus démunis, ce sont les habitants des pays du Sud. Souvenez-vous, en 2008, il y a eu les émeutes de la faim dans plusieurs pays du Tiers-monde, qui étaient dues à l’envolée des prix des denrées alimentaires, mais aussi à leur rareté, alors qu’il n’y avait pas eu d’accident climatique majeur, de grande sécheresse, mais parce que de plus en plus de terres étaient consacrées non plus à la production alimentaire mais à la production de cultures industrielles, c’était au moment de l’envol des agro-carburants. Alors que dans le même temps, 100 000 personnes mourraient de la faim chaque jour. Il y a eu cette prise de conscience qu’il fallait se préoccuper de nourrir la planète, et que le modèle alimentaire « carné » des pays riches, qui s’installait dans les pays émergents comme la Chine ou l’Inde, devait probablement être revu si on voulait s’assurer d’avoir suffisamment d’espace agricole pour pouvoir nourrir tout le monde.

Alain Lipietz avait organisé un colloque sur cette question, en 2009, et on s’était préoccupé du fait qu’en France aussi, on entendait de plus en plus fort que des personnes n’avaient pas accès à une nourriture de bonne qualité en quantité suffisante. Christine César, une socio-anthropologue qui a l’époque se spécialisait dans l’étude de la « malnutrition des pauvres », nous avait alertés sur cette question des inégalités sociales de santé liées à l’alimentation. Et nous avait pointé du doigt le fait que ce qui devenait un problème de santé publique était un problème qui reposait de plus en plus sur les bras des associations caritatives et autres organisations d’aide alimentaire. C’est pour ça que nous avons invité ce soir Agathe Cousin, de l’Association Nationale de Développement des Épiceries Solidaires (A.N.D.E.S).

Le travail s’est poursuivi lors d’un atelier de nos journées d’été de Nîmes, avec Pierre Meneton, médecin-chercheur à l’INSERM, (qui revient ce soir pour faire l’état des lieux des inégalités sociales de santé liées à l’alimentation) et Christian Remesy, nutritionniste et ancien directeur de recherche à l’INRA. Tous deux ont beaucoup contribué à notre réflexion. On avait identifié que l’absence de réglementation en matière de qualité nutritive des produits de l’industrie agro-alimentaire aboutit au fait qu’on a le droit de mettre sur le marché des produits trop gras, trop sucrés, trop salé, trop raffinés et quasi-vides de substances nutritives. On avait souligné le besoin d’éduquer à l’alimentation et à la nutrition... Et finalement on avait élaboré la motion Alimentation Santé du Cnir du 26 et 27 septembre 2009 dans la perspective qu’elle soit prise en compte dans les différents programmes des élections régionales...

Enfin, ici et là, on a commencé à travailler ce thème avec les acteurs locaux, et en particulier celles et ceux qui s’occupent de solidarité alimentaire, comme les restos du coeur ou les épiceries sociales, avec notamment l’idée de valoriser les cuisines traditionnelles, notamment celles des pays d’origine des migrants, qui font grand usage des protéines végétales.

Pour terminer cette introduction, je vous présente Jean-Luc Véret, médecin de santé publique et responsable de notre commission nationale Santé, qui organise ce débat avec moi, qui est aussi un élu de terrain, à Caen en Basse Normandie.